Ma très chère amie,
Et avant toute chose, bonsoir.
Tu sais bien comme je peux être pragmatique, parfois.
Si tu avais encore l'usage de tes jambes, tu bondirais sans doute, mais depuis l'accident de hache-viande de l'été dernier...

Tu n'avais pourtant que 11 ans.
Oublions nos vieilles querelles d'antan, et soyons comme vanille et cannelle sur le gâteau de l'amitié.
Il n'y a pas de gâteau assez sucré pour exprimer ce que je ressens pour toi.

N'ignorons plus les vapeurs sulfureuses qui nous poussent l'une vers l'autre, il n'y a pas de chemin.
Uniquement des routes, que dis-je, des boulevards qui mènent vers un destin radieux.
Et quel est ce destin, me demanderas-tu d'un air mutin, en plissant ton oeil crevé et en tordant ton bec de lièvre?

Etrange comme le sentiment d'être aimé est si difficilement supportable si l'on ne s'aime pas un peu soi-même.
Trouvons ensemble la clé qui ouvre la forteresse de nos retenues, je t'en prie.

Si tu vois des obstacles, je vois quant à moi de petits cailloux insignifiants sur lesquels nous roulerons avec aise.
Un monde de magie et de soirées au coin du feu s'ouvre à toi.
Cesse de faire semblant, de ne pas voir, de ne pas vouloir comprendre.
Embellis ton âme au contact des sentiments si doux que tu m'inspires.

Mets de la couleur dans ta vie, dans ton regard!
Ouvre-toi à l'incertitude, qui a su déjà creuser tant d'ornières dans les vicissitudes de l'amère liberté.
Il n'y a plus de lendemains qui chantent, seulement des "aujourd'hui" qui soupirent.

La vie est un étrange cadeau, quand on y pense, tu ne trouves pas?
A peine nés, on nous plonge dans un bouillon doré qui nous entraîne sans relâche jusqu'à la fin, certifiée obligatoire.

Peut-être est-ce là la solution, après tout?
Il faudrait se laisser glisser sans fard vers cette incongrue non-existence...
Nier le fait que l'on a durement acquis le droit de rester dans les mémoires...
Et pourtant, le temps, éternel zéphyr insouciant, continue de balayer les miettes de nos présences terrestres.

Alors, je te le dis non pas une fois, mais moult : aimons-nous.
Viens avec moi.
Emmène avec toi tes doutes, tes peurs, tes bananes.
Ceins ton front de la légère ombre bleutée du désir.

Donne-moi une chance.
Unique.

Gratte-moi un peu les ourlets, aussi.
Ramone-moi les muqueuses, comme dirait Champollion ( dans ses bons jours ).
Urètre-moi la bible à couscous.
Yaourte-toi langoureusement.
Evince des oeufs durs pour t'en farcir les yeux.
Rustine tes voisins, leurs enfants, les agents de police.
Envole-toi.




Georges Pompidou.