Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu de rapport.

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu de rapport, oh oui.

Cela fait bien longtemps, et pourtant, tu ne m'en parles pas. Tu ne m'en parles pas, tu restes souriante, à faire la vaisselle, avec tes gants roses et ta petite jupette plissée.

S'il m'était donné d'être encore vigoureux, comme c'était le cas juste avant la guerre, je te prendrai, là, d'un coup, sur l'évier. Je te ferais l'amour comme un homme se doit de faire l'amour à sa femme.

Mais j'en suis incapable. Et pourtant, tu m'es resté fidèle. Fidèle et dévouée. Depuis l'amputation, tu t'occupes de moi, m'embrasse, me considère comme avant.

Depuis l'amputation, tu n'as pas été voir ailleurs, je le sais, tu as continué de faire comme si de rien n'était. Je ne te vois pas même pleurer quand je t'aperçois seule, dans l'ombre de la porte menant à la véranda. Tu as su garder en toi ce qui, jeune fille, te donnait tant de charme.

Tu as su faire d'un homme tronc, un homme heureux. Parfois, je me maudis de m'être engagé dans cette guerre.

Elles étaient des milliers, et nous, des centaines. Pauvres fous que nous étions. La technologie... Nous pensions que la technologie serait notre alliée... Elle s'est révélée être notre point faible.

Des milliers de gerboises ont décimé mes camarades, gagnant du terrain, jour après jour. Et dire que toute cette histoire est partie d'une gaufrette... Une simple gaufrinette... Un échauffourée entre notre président et le roi des gerboises... Qui aurait la dernière gaufrette.

La résultat, un million de victime, et un homme tronc, dont la femme a gardé tout l'amour qu'elle lui portait avant. Oh... je ne me fais pas de soucis. Dans quelques semaines, le médecin m'aura greffé des yeux de porcs à la place des jambes et des petits hérissons en guise de bras. Mais ça ne sera plus jamais pareil. Plus jamais.

Je la regarde continuer à faire la vaisselle... Dehors, les gerboises font la ronde dans nos rues, armées de fusils mitrailleurs. Elles partiront bientôt. La guerre, c'était nous qui la voulions. Elles n'ont rien imposé, si ce n'est la démilitarisation de notre pays, et l'obligation pour toute personne possédant un caniche de lui donner un petit coup de boule tous les soirs avant de passer à table.

Taper des chiens.

Cela fait longtemps que je n'y ai plus pensé. Le moignon de mon prépuce en durcirait presque, mais j'ai peur qu'il suinte du pus, comme la foi où mamie est venu à la maison et qu'elle a eu une descente d'organe. Je n'avais pas été excité comme ça depuis le lycée, lorsqu'on avait mis une orange dans l'anus de Clautilde, le perroquet du professeur d'arithmétiques.

Elle a terminé de faire la vaisselle... Je vais pouvoir allumer la télévision. Elle va se mettre contre moi, me blottir contre le canapé et m'entourer de coussins.

Bientôt, je pourrai la serrer dans mes bras hérissons...