Pour Yolande, la tentation était trop forte. Combien de fois avait-elle tenté, parmi différentes catégories de couleurs, de choisir l'unique étoffe qui comblerait enfin ses désirs ? Combien de fois avait-elle entendu dire que les marquis et les baronnes ne s'habillaient qu'avec les soies et les étoffes les plus douces du monde ? Elle se retrouvait maintenant, à la portée de sa main, confrontée à un dilemme étonnant. Il lui fallait choisir entre la douceur d'une vie suave mais sans saveur, et la tentation de voler ses robes que sa main froissait déjà mentalement, pour faire partie des plus grandes. Il fut dit qu'elle ne résisterait pas et, Yolande, le coeur battant la chamade, déroba alors une demi-douzaine des plus beaux modèles. Elle s'enfuit précipitamment, tenant dans sa main, blanche comme le coton, des robes multicolores qui flottaient au vent et la suivaient comme la queue arc-en-ciel d'une comète innocente.

Bénurto, le gros charcutier, fut le seul à voir la jeune femme s'en aller ainsi, poursuivie par ses robes qui trahissaient son crime. Les autres artisans, assommés par la chaleur qui régnait en cette après-midi interminable, continuaient de renseigner les quelques clients, et parlaient entre eux. Mais Bénurto était de ceux à qui rien n'échappe. Il était également de ceux qui ne pardonnent pas. Nombre de fois il avait vu la belle Yolande trainer dans les rues escarpées de Bronglioto. Mais cette fois, il allait intervenir. D'un pas lourd mais pourtant terriblement efficace, il courut après la jeune femme. Celle-ci ne se rendit pas compte qu'elle était poursuivie. C'est lorsqu'elle se retrouva dans une impasse, s'étant trompé de chemin, qu'elle vit Bénurto derrière elle, le visage en sueur, la hache à la main.

Jamais, ô grand jamais, les couleurs ne se mélangèrent ainsi. Et les robes qui se déchirèrent et se mélangèrent habilement dans des torrents d'étoffes avec celle de Yolande, d'une blancheur éclatante, et les gerbes de sangs qui tombèrent sur chaque modèle, ce rouge devenant tantôt marron, tantôt presque bleu, tantôt d'un rouge terrifiant suivant qu'il coulait sur les diverses couleurs de tissu. Les larmes et le sang se mélangèrent à la sueur, et le gros pénis de Bénurto se frottait à chaque parti du corps de la jeune femme, dans un défilé incessant de tissus qui voltigeaient à mesure qu'il la violait et la découpait. Lorsqu'il eu terminé, tout était infiniment pur et beau. Le corps de Yolande était éparpillé à même le sol, de même que ces robes.

Et ainsi de suite jusqu'à Pékin.

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

(Classe de Madame Dudu, CM2)