JamesFergus

J'ai ce goût de rouille et de fumée dans la bouche.

Depuis bientôt 5 secteurs temporels, je n'ai pas plus mangé mes funestes rêves que dormi mes maigres repas.

La sieste n'existe pas.

Je joue, je joue, je joue, je jouis. Sur ta joue, chaque jour, chaque nuit.

Dans quelques siècles, un transsexuel gagnera un reality show avec cette phrase comme chanson.

Puis des pandas boiront son sang, sa rouille, et les gens riront.

Je suis là, je suis las, j'essuie la suie, je jouis, là.

Toujours sur ta joue.

Tu pourrais... Non?

 

Hier, je m'endormais sur ma soupe en pensant à toi, et à ces immeubles aux teintes modernes que nous dessinions sur les bancs d'écoles, espérant toujours mieux pour demain, et aspirant mes crottes d'oeil par mes narines propres.

Toi, tu ne disais rien, mais tu savais déjà tout. L'amour, les pierres, la vie, les tables, tout.

Alors tu partis plus tôt, un seau de miel dans chaque main. Tôt ou tard, je découvrirais pourquoi.

Et pour qui.

Tu avais tes secrets, moi j'avais des brindilles. Des brins d'oiseaux que l'on fumait aux dieux, aux patries, aux femmes que nous connaîtrions. Du haut de nos huit ans et de nos zizis tous durs d'enfants sages, nous avions tout compris.

Lorsque je commençais mon travail de ministre du roi, deux ans plus tard, et que je fis annexer la Sardaigne dans le but de te retrouver, cela fut en vain. Tu n'étais déjà plus qu'aérien, aérienne, et officiais en fait dans les bas-fonds de l'aéroport de Mylène Farmer, à Los Angeles, en tant que maître des huîtres.

Ça ne rigolait pas, à l'époque, voilà pourquoi dans le cantal tout le monde murmurait ton nom à la nuit tombée,  dans l'attente de ton retour parmi nous.

J'ai passé ma vie à t'attendre moi aussi, à étendre de jeunes boucs pour les sodomiser dans les blés coupés, quelques gouttes de sueur perlant sur mon torse galvaudé par les siècles.

Aujourd'hui, je ne suis plus qu'un vieil homme malade qu'on enferme une fois pour toutes dans une boîte de carton.

Même pas du bois brut!

Du carton.

La dégénérescence des moeurs, c'est bien cette formidable perte de rigidité dans un élan de consumérisme vaguement teinté d'écologie consciencieuse.

Du carton?

Ah, il est loin le temps du banc de l'école, où nous dessinions des avions se reflétant dans les vitres des gratte-ciels, que Spiderman et Max Boublil m'en soient témoins.

Tu me manques, Roger.

Tu me manques comme un os manque à un tendon, et une crotte manque à son chien, que même des fois il en reste un petit morceau collé dans les poils, comme avec les homosexuels pas propres.

Tu me manques, et pourtant, je te regarde grandir, sans tabous, à l'autre bout du peuple.

Reviens-moi doux, et caressons-nous la barbe longuement en parlant de l'amour, des tables, des feuilles sauvages et du rock transdeath metal-jazz.

Bien à toi,

 

Joël Robuchon.